Le Syro-araméen pour décoder certains passages dans le Coran

Comme la langue Arabe, le Syriaque // "اللغة السريانية" appelée parfois "syro-araméen" est une langue sémitique du Proche-Orient, appartenant au groupe des langues araméennes. Avant l'apparition de la littérature arabe, la langue principale de l'écrit dans tout le proche orient aurait été le Syriaque.

La situation linguistique dans la péninsule d'Arabie au début du 7e siècle 

A l'époque du prophète, l'arabe littéraire n'en était qu'à ses débuts et la langue de l'écrit et de culture dans la région était le syro-araméen. On a trouvé des inscriptions en arabe qui remontent à l'époque pré-islamique et la plus ancienne de ces inscriptions (qui date du 4éme siècle ap. J. -C.) a été trouvée dans le désert syrien. Les tribus arabes dans cette période pré-islamiques ont eu une florissante tradition orale poétique (الشعر الجاهلي). Mais, jusqu'au huitième siècle de notre ère, elle n'était pas systématiquement rassemblée et enregistrée sous forme écrite. Ainsi, le premier livre en langue arabe est le Coran.

Au début du 7e siècle, le syro-araméen était la langue de culture écrite dominante dans toute l’Asie occidentale, et elle a sûrement exercé une influence sur les autres langues de la région. Pour l'Arabe, il a fallu attendre l'oeuvre des Grammairiens comme Al Khalil ibn Ahmad Al Farahidi (718 - 791)  // "الخليل بن أحمد الفراهيدي" et son élève Sibawayh (765 - 796) // "سيبويه" pour que la langue arabe classique voit le jour et soit enfin parachevée.

Le Syro-araméen, une langue connue dans la péninsule d'Arabie au temps du prophète

Période dite Mécquoise

On apprend dans Sahïh al Bukhari que le cousin de la première épouse du prophète, Khadija, qui est Waraqa Ibn Nawfal // "ورقة بن نوفل" savait lire et écrire le Syro-araméen. C'est ce prêtre chrétien qui aurait célébré le mariage du prophète avec Khadija.  

: صحيح البخاري » كتاب بدء الوحي » باب بدء الوحي

فانطلقت به خديجة حتى أتت به ورقة بن نوفل بن أسد بن عبد العزى ابن عم خديجة وكان امرأ قد تنصر في الجاهلية وكان يكتب الكتاب العبراني فيكتب من الإنجيل بالعبرانية ما شاء الله أن يكتب

Période dite Médinoise

Sur le site du Ministère des Habous et des Affaires Religieuses du Royaume Marocain, on peut lire : "Le prophète a aussi encouragé quelques-uns de ses compagnons à apprendre des langues étrangères, comme ce fut le cas de Zayd Ibn Thabit qui a appris le Syriaque"

Zayd Ibn Thabit était un des scribes du prophète à Médine // "كاتب الوحي". Dans plusieurs livres islamiques (les sources sont citées à la fin de ce paragraphe ), on apprend qu'il était juif et qu'il fréquentait les écoles juives avant de devenir musulman à la première année de l'Hégire (en 622).


سنن الترمذي الجزء الخامس، باب ما جاء في تعليم السريانية

"عن زيد بن ثابت قال أمرني رسول الله صلى الله عليه وسلم أن أتعلم السريانية"


Zayd ibn Thabit est également connu pour avoir été désigné par le Calife Othmane à la tête de la commission chargée de rassembler le Coran que nous avons aujourd'hui. Quand le Calife Othmane, demanda au compagnon Ibn Massou'd // "الصحابي ابن مسعود" de lui envoyer son Mos'haf (son Coran) pour le brûler (comme tous les autres livres non retenus par la commission d'ibn Thabit), Ibn Massou'd refusa et montra sa méfiance vis-à-vis du travail de la commission présidée par Zayd. Il dit : 

« J'ai appris du prophète 70 sourates avant que Zayd Ibn Thabit ne soit musulman, il n’était qu’un gamin qui jouait à Médine avec ses papillotes. [les deux mèches de cheveux qui sont signe de la judaïté et qu'on voit encore de nos jours] »
 " أخذت من في رسول الله (صلى الله عليه وآله وسلم) سبعين سورة وإن زيد بن ثابت لصبي من الصبيان " وفي لفظ: " أحكمتها قبل أن يسلم زيد بن ثابت وله ذؤابة يلعب مع الغلمان

Sources : "Histoire de Médine" d'Ibn Shabb'a, Vol 3, p 1006, et rapporté à partir de Mousnad Ahmad, Vol 1, 414, 442 mais aussi :

الطبقات 2 / ق 2: 105 والاستيعاب هامش الإصابة 2: 323 والغدير 9: 10 عن البخاري

نقله عن الحلية والاستيعاب وتهذيب التهذيب وكنز العمال وراجع البحار 8: 310 و 479 / الطبعة الحجرية وابن أبي الحديد 3: 45 و 20: 26

L'origine de la langue coranique selon le Coran

L’origine de la langue coranique se trouverait dans un dialecte arabe // "لِسَانٍ عَرَبِيٍّ" et pas dans la langue arabe classique qu'on connait aujourd'hui (versets سورة النحل 16: 103; سورة الشعراء 26: 195; سورة الأحقاف 46: 12).

Pour l'exégète Tabari, ce fut le dialecte de Qoraych (les habitants de la Mecque à l'époque de la révélation). Mais comme le Coran contient plusieurs mots non-arabes (voir paragraphe suivant), cela nous laisse à penser que le dialecte de Qoraych à l'époque de la révélation contenait des mots étrangers dont des mots Syriaques. 

Des mots non arabes dans le Coran

Jalal Eddine Al Suyuty // "جلال الدين السيوطي", le célèbre théologien né dans le 15e siècle, dans son livre de référence "la perfection dans les sciences coraniques" // "الاتقان في علوم القرآن", met en évidence l’'existence de plusieurs dizaines de mots étrangers dans le Coran et qui n'ont donc pas de racine dans la langue Arabe. Il existerait plusieurs mots d'origine Syriaque mais aussi Persane, Éthiopienne, Grecque et même Amazigh ! Al Suyuty y a consacré un chapitre dans son livre où il fait un inventaire de 108 mots considérés comme étrangers dans le Coran, qu'il rattache à 11 langues différentes dont le syriaque (17 mots attribués).

Voici quelques exemples des mots d'origine Syriaque :
(Source : le livre de Suyuti en PDF)

exemple_mots_syriaque.png

La ponctuation/pointillage // "التنقيط و التشكيل" dans le Coran

Rappelons très brièvement l’évolution de l’écriture du Coran. Cela est important pour comprendre la suite. Le Coran a été écrit à l'époque du Prophète, rassemblé dans un Mos'haf à l'époque du Calife Othmane mais il n'y avait ni ponctuation des lettres "signes diacritiques" // "التنقيط" ni pointillage // "التشكيل". En effet, ces "signes diacritiques" // "التنقيط" et ce pointillage // "التشكيل" ont été ajoutés par le gouverneur Omeyyade Al-Hajjaj Ibn Yusuf Taqaf'i // "الحجاج بن يوسف الثقفي" qui a entrepris la révision de la graphie Othmanienne du Coran avec l’aide d’érudits comme Abu Al-Asswad Addaali // "أبو الأسود الدؤلي" et Al Farahidi // "الخليل بن أحمد الفراهيدي" après lui. C'est bien ce dernier (mort en 791 ap. J. -C.) qui a inventé la "hamza" // "الهمزة" qui est un caractère "spécial" mis sur certaines lettres de l’alphabet Arabe et qu'on trouve dans le mot "Coran" par exemple.
Autrement dit, le mot "Coran" // "قرآن" s'écrivit à l'époque du prophète :

quaran sans point_.png

Et le résultat de cette révision est un Coran avec des ponctuations et un pointillage mais aussi avec plusieurs lettres "alif" // " أ " ajoutées au texte initial. Ainsi les mots : عِباد / عَبْد / عبَد / عِناد / عيد / عِنْدَ / عابد pouvaient provenir du même mot dans le texte original c'est à dire :

ss_points_.png

C'est la même chose pour "paradis" // "جنة / et "serpent" // "حية", etc.

Enfin, il faut rappeler qu'hormis sept ou huit lettres dans l'alphabet arabe, toutes les autres lettres peuvent changer les sens des mots quand ces derniers sont "ponctués" // "منقطين".

La révolution dans le livre de Christoph Luxenberg

Christoph Luxenberg est le pseudonyme d'un philologue allemand d'origine libanaise, sémitisant, excellent connaisseur et de l’arabe, et du syriaque. Il est l'auteur de l'ouvrage controversé Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran, publié en 2000. C'est une étude philologique dans laquelle un certain nombre d'hypothèses sont étudiées. L'auteur affirme que les savants devraient, pour certains passages, recommencer leurs études à nouveaux frais, en ignorant les vieux commentaires islamiques et en utilisant seulement des méthodes linguistiques et historiques récentes. Autrement dit, sa méthode consiste à expliquer les passages obscurs du Coran sans faire confiance aux commentateurs classiques comme Tabari, ibn Kathir et les autres . Ainsi, si un mot (ou une phrase) du Coran semble inintelligible en arabe, ce mot (ou cette phrase) pourrait faire sens, écrit Luxenberg, en regardant du côté de l’araméen et du syriaque (voir vidéo ci-dessous) :

Ainsi, dans sa tentative d’élucider les passages linguistiquement controversés du Coran, Luxenberg procède par étapes, selon une méthode toute de rigueur :

La méthode philologique de Luxenberg :
-extrait de la page Wikipedia de Christop Luxenberg-

  • Vérifier si une explication plausible peut être trouvée dans le commentaire de Tabari, l'un de ceux qui ont le plus influencé les traducteurs occidentaux ;

  • Vérifier si l'on trouve une explication plausible dans Lisan al Arab le dictionnaire arabe le plus complet (ce dictionnaire n'avait pas encore été rédigé du temps de Tabari, aussi contient-il des éléments nouveaux) ;

  • Vérifier si une expression arabe possède une racine homonyme en syriaque ou en araméen avec des sens différents qui pourraient aller avec le contexte ;

  • Juger si oui ou non le sens en syriaque/araméen de la racine d'un mot donne un meilleur sens au passage incriminé.

  • Vérifier s'il existe un mot syriaque qui fait sens dans le passage en question ;

  • Expérimenter les différentes manières de placer les signes diacritiques (qui indiquent les voyelles, etc..) tardivement ajoutés au texte le plus ancien qui fixe le rasm. Peut-être existe-t-il une version du « rasm » qui donnerait un mot arabe faisant sens pour le passage ;

  • S'il n'y a pas de mot arabe qui convienne, répéter l'expérience et regarder du côté des mots syriaques ;

  • Traduire la phrase arabe en syriaque et vérifier dans la littérature syriaque une phrase qui aurait pu être littéralement traduite en arabe ; le sens originel en syriaque pourrait faire plus sens que la phrase résultante en arabe (ces phrases traduites sont appelées « calques morphologiques ») ;

  • Vérifier s'il existe une phrase correspondante dans la littérature syriaque ancienne, qui pourrait être un analogue d'une phrase en arabe, aujourd'hui perdue ;

  • Vérifier s'il existe une expression correcte en arabe, écrite sur un manuscrit arabe, mais dans une orthographe syriaque.

La couverture du livre de Christoph Luxenberg

La couverture du livre de Christoph Luxenberg

La rigueur de la méthode est scientifiquement indéniable, et comme l’auteur y conjoint une insigne maîtrise et de l’arabe, et du syriaque, il réussit à élucider bon nombre d’expressions réputées "obscures", et des passages mal lus ou mal compris et à propos desquels personne n’avait encore  fleuré le melon sous la queue !
Voici quelques exemples qu'il a détaillés dans son livre :

Les Houris du Paradis // "الحور العين" : 

Dans son livre, Luxenberg indique que le mot "houri" // "حور عين", donné par la tradition islamique comme étant l'équivalent de "très belles femmes vierges aux grands yeux" et qui seraient la rétribution réservée dans l’au-delà aux bons croyants; Coran 44:54, 52:20 ,55:72, 56:22), signifie en réalité "RAISINS BLANCS" ! En gros, les kamikazes barbus martyrs auraient plutôt 72 grappes de raisin blanc !

Les houris au Paradis !

Les houris au Paradis !

Le mot "حور" est syro-araméen et signifie "blanc" ou "pur". Le mot "عين" contient des "points" // "signes diacritiques" qui auraient été mal mis selon Luxenberg. En effet, comme il n'y avait pas de signes diacritiques // "التنقيط" sur les premiers manuscrits coraniques, à un moment pendant la transmission écrite, ces "signes" ont été mis sur le mot à droite au lieu d'être à gauche comme indiqué ci-dessous.

raison_ssponits.png

La même erreur liée à ces "signes diacritiques mal mis" aurait été commise dans le verset [Dukh'an 44:54] : "كَذَٰلِكَ وَزَوَّجْنَاهُم بِحُورٍ عِينٍ". Selon Luxenberg, il fallait lire "رَوَّحْنَاهُم" au lieu de "زَوَّجْنَاهُم". Le point sur le "Ra" aurait été faussement ajouté. De plus, Luxenberg montre qu'en syriaque, le "bi" dans le mot "بِحُورٍ" "signifie "parmi" ou "sous". Par conséquent, le texte devient alors : "ورَوَّحْنَاهُم بحور عنب", qui signifie : "les croyants au Paradis se reposeront sous des vignes de raisons blancs"

Revenons à l'explication "classique", il faut être pervers pour imaginer que Dieu ait préparé des vierges pour les fidèles au paradis et qu'il le dit dans le Coran en plus ! Les gens qui croient à ces sottises brillent vraiment par leur stupidité. C'est même la quintessence de la bêtise...

Voici une vidéo qui donne envie à la fois de rire et de pleurer (sous-titres en -Fr- disponibles)

Les "seins arrondies des vierges" // "كَوَاعِبَ أَتْرَابًا"

Dans le verset [Anabaa78:33] :
[سورة النبأ 78:33]

"إِنَّ لِلْمُتَّقِينَ مَفَازًا (31) حَدَائِقَ وَأَعْنَابًا (32) وَكَوَاعِبَ أَتْرَابًا"

[Anabaa78:33]

"Pour les pieux ce sera une réussite, jardins et vignes, et des (belles) aux seins arrondis"

Comme indiqué dans la traduction française de ce verset et dans les livres d’exégèse coranique arabes, "كَوَاعِبَ أَتْرَابًا" seraient des "seins arrondis des houris" ! Le cheick dans la vidéo ci-dessous n'invente rien bien évidemment. Il répète juste ce qu'il a lu dans les livres et n'importe quel imam dans le monde dira la même chose ou rien !

Dans son livre, Christoph Luxenberg nous apprend autre chose... كَوَاعِبَ' est une description du paradis. Le mot "الجنة" vient du Syriaque et "كَوَاعِبَ أَتْرَابًا" signifie "paradis entouré de murs sous forme cubique"

Sourate Al Kawthar : 108

Un autre exemple assez convainquant dans le livre de Luxenberg est celui de l'explication de la sourate Al Kawthar.
سورة الكوثر، 108 : "إِنَّا أَعْطَيْنَاكَ الْكَوْثَرَ (1) فَصَلِّ لِرَبِّكَ وَانْحَرْ (2) إِنَّ شَانِئَكَ هُوَ الْأَبْتَرُ

[Sourate [Al Kawtar 108] : "Nous t’avons certes, accordé l’Abondance, Accomplis la Ṣalāt pour ton Seigneur et sacrifie. Celui qui te hait sera certes, sans postérité"

Dans les "taffasirs" // "exégèses coraniques", on trouve une multitude d'explications du mot Kawthar. Par exemple dans les commentaires tirés de tafssir ibn Kathir :

  • "al Kawthar" : "« est une rivière au Paradis dont les deux bords sont couverts de dômes en perles creuses, son sable de musc, ses cailloux de perles, ses cruchons sont aussi nombreux que les étoiles, son eau est plus blanche que le lait, sa saveur plus douce que le miel, des oiseaux y viennent se désaltérer dont les cous ressemblent à ceux de chameaux".

  • "Celui qui te hait sera sans postérité" // " شَانِئَكَ هُوَ الْأَبْتَرُ" : « Quand on évoquait le nom du Messager de Dieu -qu’Allah le bénisse et le salue- devant Al As Ben Waël, il s’écriait: «Laissez-le c'est un homme sans postérité, quand il mourra, personne ne perpétuera son nom ». Dieu à cette occasion révéla cette sourate".

Tous les chercheurs islamologues, ou presque, reconnaissent que cela ne fait pas sens. La définition d'al Kawthar est un "Ijtihad" fait 200 ans après la révélation. Et en plus, dans le dernier verset de la sourate, on a du mal à comprendre comment le Créateur peut insulter un homme (Al As Ben Waël) qui serait sans descendance en sachant que c'est lui qui l'a créé ainsi !

L'explication de Luxenberg :
Il rappelle que le mot "kawthar" en Syriaque est "Kuttara" qui signifie "persévérance" ou "détermination"Le mot "sacrifie" // "انْحَرْ" viendrait du mot Syriaque "Njjar" // "انجر" qui signifie "continuité" ou "suivi". Enfin, le mot "abtar" // "ابْتَرُ " doit être ré-écrit en "atbar" // "اتبر" (problème de signes diacritiques faussement posés sur le mot) qui viendrait du verbe Syriaque "تبار" // "tbar" et qui signifie "être vaincu"

Ainsi, Luxenberg redonne de la cohérence au texte coranique et la sourate devient en parfaite harmonie dans le contexte d'une nouvelle religion émergente : 

« Nous t'avons donné [la vertu] de la persévérance ; / Prie donc ton Seigneur et persiste [dans la prière] ; / Ton adversaire [Satan] est [alors] le vaincu. »

Le mot "Coran" // "القرآن"

Jalal Eddine Al Suyuty // "جلال الدين السيوطي", dans son livre "la perfection dans les sciences coraniques" // "الاتقان في علوم القرآن" explique que le mot "قرآن" // "Coran" est un nom propre qui n'a pas de racine dans le verbe arabe "قرأ" // "lire" (voir, Vol 2, page 339). Le mot "Coran" // "قرآن"" aurait été inspiré du mot syriaque "Qyriane" // "قِرْيَان" qui signifie "lectionnaire" c'est-à-dire "le livre liturgique contenant les passages des textes religieux lus à l'occasion des cérémonies religieuses".
Rappelons aussi qu'au début du 7e siècle, il n'y avait pas de "hamza" // "الهمزة" sur la lettre "alif" dans le mot "Coran" en arabe.

Le mot "Furqaan" // "الفرقان"

La sourate 25 du Coran porte le nom de "Furqaan" et on lit ce mot (entre autres) dans le premier verset de cette sourate :

سورة الفرقان 1:25 "تَبَارَكَ الَّذِي نَزَّلَ الْفُرْقَانَ عَلَىٰ عَبْدِهِ لِيَكُونَ لِلْعَالَمِينَ نَذِيرًا

[Sourate Al Furqaan 25:1] : "Qu’on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de Discernement sur Son serviteur, afin qu’il soit un avertisseur à l’univers"

Les exégètes orthodoxes avaient expliqué que le mot "Furqaan" signifie "Coran" mais sans donner d'explications plausibles. Luxenberg montre dans son livre que le mot est syriaque et il s'écrit "Furqana" qui signifie "rédemption" // "الخلاص". Ce mot serait prononcé encore aujourd'hui par les populations des chrétiens d'orient comme dans la région de Maaloula en Syrie.

Milk al Yamin // "ملك اليمين"

Sur cette question de Milk al Yamin, les islamologues progressistes ont toujours eu de très longs développements qui montrent seulement leur embarras. Les commentateurs orthodoxes indiquent que le sens du verset 4:3 est clair : "ou des esclaves que vous possédez" signifie que les hommes qui ont des esclaves femmes // " إماء" peuvent avoir des rapports sexuels avec elles.

سورة النساء 3:4 : "فَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تَعْدِلُوا فَوَاحِدَةً أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ

[Sourate Nissae 4:3] : "[..] si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez [..]"

En arabe, le mot "مَلَكَ" dans ce verset signifie "posséder" tandis que sa signification en syriaque est "promettre". En plus le mot "أَوْ" en arabe se traduit en "ou" mais en syriaque le mot se prononce "Ahou" qui signifie "c'est à dire" ou bien "qui veut dire".

Ainsi, avec une lecture syriaque, le verset change complètement de sens et devient selon Luxenberg : "[...] alors une seule, c'est à dire celle à qui vous avez promis le mariage [...]"

Sourate Yussuf 12:16

Un autre exemple spectaculaire qu'on peut trouver dans le livre de Luxenberg est l'explication du mot "عِشَاءً" dans le verset [Yussuf 12:16] :

   سورة يوسف 16:12 : "وَجَاءُوا أَبَاهُمْ عِشَاءً يَبْكُونَ[Sourate Yussuf 12:16] : "Et ils vinrent à leur père, le soir, en pleurant."
Luxenberg remarque que le mot "عِشَاءً" expliqué par Tabari et repris par tous les commentateurs est "soir" ou "nuit". Il remarque surtout que dans tous les autres versets du Coran où il y a le mot "nuit" le mot arabe utilisé est "عَشِيا" (versets Maryam 19:11 et 61; Roum 30:18; Ghafer 40:46). 

Par conséquent, en considérant que la "hamza" // "ءً" n'existait pas sur les premiers manuscrits et que le mot original est "عسا", et en suivant sa méthode expliquée plus haut, Luxenberg a proposé une autre manière de mettre les "signes diacritiques" // "تنقيط" sur ce mot qui devient "غِشَّا" // "tricherie". Ainsi, le nouveau mot se marie très bien dans le contexte (la tricherie) de cette histoire racontée dans sourate Yussuf.

Sources :
The Syro-Aramaic Reading of the Koran: A Contribution to the Decoding of the Language of the 
Koran (English-language edition (2007)) by Christoph Luxenberg
- Compte-rendu en français de l'ouvrage de C. Luxenberg paru dans la revue Critique – Avril 2003
- https://www.youtube.com/watch?v=2CkVhyHpf8o (une vidéo intéressante avec deux spécialistes des langues anciennes orientales sur le livre de Christop Luxenberg

Merci de citer notre site pour toute reproduction partielle ou complète des articles

© www.comprendreislam.com