Le Hijab, la religion et les hommes

On le dit et on le répète, le "hijab islamique" est un projet politique qui n'a rien à voir avec la religion. En effet, depuis à peu près un siècle, ce sont les frères musulmans en Égypte qui ont œuvré pour que le "hijab" soit généralisé dans les pays musulmans (les wahhabites saoudiens se sont "spécialisés" dans le Niqab) et on peut malheureusement affirmer qu'ils ont réussi (voir vidéos ci-dessous).

Dans les années 70, 80, il était rare de voir des filles voilées au Maroc par exemple. les gens les appelaient des "Ikhwaniyatte" pour rappeler les frères musulmans égyptiens  ou “ikhwane” en arabe "الإخوان". Aujourd'hui et dans certains endroits au Maroc, on a l'impression que toutes les filles sont "voilées".

Dans cette autre vidéo, l'ancien président Égyptien Nacer raconte une anecdote avec le responsable des Frères musulmans en 1953, Hassan al-Hudaybi, qui voulait que le leader Égyptien imposât le "hijab" en Égypte. 

Oui ils ont réussi. Il n'y a qu'à voir ces photos de l'Université du Caire au même endroit, à quelques années d'intervalle :

Université Caire.jpg

Un petit voyage dans le temps

Dans les familles des grands dignitaires religieux avant les années 70, les femmes ne portaient pas le hijab !

Hassan El Bana, le fondateur et le 1er guide suprême des frères musulmans avec ses enfants

Hassan El Bana, le fondateur et le 1er guide suprême des frères musulmans avec ses enfants

Le 8ᵉ guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Badie "محمد بديع", petit avec sa famille (fin des années 40)

Le 8ᵉ guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Badie "محمد بديع", petit avec sa famille (fin des années 40)

Cheick Mostapha Ismael " مقرئ مصري للقرآن الكريم"

Cheick Mostapha Ismael " مقرئ مصري للقرآن الكريم"

Le grand cheick d'al-Azhar Hassan Al Bakorri, dans les années 60 avec sa famille

Le grand cheick d'al-Azhar Hassan Al Bakorri, dans les années 60 avec sa famille

Mariage de la fille de Abderrahman Taj "عبد الرحمن تاج", grand cheick d'al-Azhar dans les années 50 en présence du président de la république Jamal Abdenasser

Mariage de la fille de Abderrahman Taj "عبد الرحمن تاج", grand cheick d'al-Azhar dans les années 50
en présence du président de la république Jamal Abdenasser

La femme de Abderrahman Taj "عبد الرحمن تاج", grand cheick d'al-Azhar dans les années 50

La femme de Abderrahman Taj "عبد الرحمن تاج", grand cheick d'al-Azhar dans les années 50

Le problème du harcèlement sexuel dans les pays arabo-musulmans

Les défenseurs du "hijab" disent qu'ils veulent protéger les filles et faire en sorte que la morale soit la règle par excellence dans la société. C'est raté.

Le harcèlement sexuel dans les pays arabo-musulmans devient de plus en plus préoccupant et les organisations arabes de défense des droits des femmes et ONG internationales n'arrêtent pas depuis quelques années de lancer des cris d'alarmes. Voici les liens vers quelques dossiers et articles de presse pour approfondir le sujet :

L'Egypte, pire pays pour les femmes dans le monde arabe
التحرش الجنسي في الوطن العربيملف التحرش الجنسي ضد المرأة في الدول العربية 
Le classemement des droits des femmes dans les pays arabes
Reportage -vidéo France24- ظاهرة التحرش الجنسي في المجتمعات العربية: تعددت الأماكن وتشابهت الظروف

Les sept versets coraniques qui contiennent le mot "hijab"

Il y a sept versets dans le Coran qui contiennent explicitement le mot "Hijab": [Maryam,مريم 16,17], [Taha, طه32], [al-Issra'e, الإسراء45], [Foss'elate,فصلت 5], [Chourra,الشورى 51], [al-Aaraffe, الأعراف46], [al-Ahzzabe,الأحزاب 53].

Dans aucun de ces verset, le mot Hijab ne signifie de près ou de loin une tenue vestimentaire pour couvrir une partie du corps humain . Dans le Coran le mot Hijab signifie "rideau", "ستار". Le mot Hijab n'a donc rien à voir avec le fait de couvrir une partie du corps et notamment les cheveux.

Sourate a-Nour

Le premier verset utilisé par les défenseurs du "hijab islamique" ou voile est mentionné dans sourate a-Nour [النور,31]: 

"وَقُل لِّلْمُؤْمِنَاتِ يَغْضُضْنَ مِنْ أَبْصَارِهِنَّ وَيَحْفَظْنَ فُرُوجَهُنَّ وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا مَا ظَهَرَ مِنْهَا ۖ وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَىٰ" جُيُوبِهِنَّ ۖ وَلَا يُبْدِينَزِينَتَهُنَّ إِلَّا لِبُعُولَتِهِنَّ أَوْ آبَائِهِنَّ أَوْ آبَاءِ بُعُولَتِهِنَّ أَوْ أَبْنَائِهِنَّ أَوْ أَبْنَاءِ بُعُولَتِهِنَّ أَوْ إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي أَخَوَاتِهِنَّ أَوْ نِسَائِهِنَّ أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُنَّ أَوِ التَّابِعِينَ غَيْرِ أُولِي الْإِرْبَةِ مِنَ  الرِّجَالِ أَوِ الطِّفْلِ الَّذِينَ لَمْ يَظْهَرُوا عَلَىٰ عَوْرَاتِ النِّسَاءِ ۖ وَلَا يَضْرِبْنَ بِأَرْجُلِهِنَّ لِيُعْلَمَ مَا يُخْفِينَ  مِن زِينَتِهِنَّ ۚ وَتُوبُوا إِلَى اللَّهِ جَمِيعًا أَيُّهَ الْمُؤْمِنُونَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ"

[Verset Nour:31] "Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès"

Les femmes doivent couvrir leurs poitrines. Avant l'Islam, les femmes dans la péninsule d'Arabie avaient coutume de laisser leurs poitrines non couvertes pour allaiter plus facilement leurs enfants et dans ce verset. Dieu ordonna aux femmes musulmanes dans le verset ci-dessus de les couvrir. Le mot en question est "جُيُوبِهِنَّ" qui signifie l'ouverture d'un vêtement par où passe la tête. 

   جَيْب القميص : ما يُدخل منه الرَّأسُ عند لُبسه

L'autre mot clé ici est le mot "خُمُرِهِنَّ"  "leur kheemar" qui est le tissus utilisé pendant des millénaires pour couvrir la tête et se protéger du soleil et du sable dans le désert. C'est une tenue vestimentaire qui concernait les hommes et les femmes et qui n'est pas une obligation religieuse. Les tribus Touaregs qui vivent dans le Saharahommes et femmes, le pratiquent encore aujourd'hui. Dans les zones désertiques du moyen orient, le "kheemar" est, de nos jours aussi, porté par les hommes et les femmes. 
La différence avec la période pré-islamique, le Coran nous l'apprend, est que le tissu de la femme se mettait vers le dos (voir l'exemple). La révélation du verset a-Nour31 ordonne aux femmes de ramener leur "kheemar" vers l'avant pour couvrir leurs poitrines "وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَىٰ" جُيُوبِهِنَّ"Dieu ordonna à la femme de cacher sa poitrine avec son "kheemar" et pas de mettre le "kheemar".

 خِمَارُ الرَّجُلِ : عِمَامَتُهُ

خمار المرأة : ثوب تغطّي به رأْسَها

L’acteur Mahmoud Said dans le rôle de Khaled Ibn al Walid dans le film Rissala portant le  kheemar   avant qu'il devienne musulman

L’acteur Mahmoud Said dans le rôle de Khaled Ibn al Walid dans le film Rissala portant le kheemar
avant qu'il devienne musulman

Mona Wassef dans le rôle de Hind Bint Ataba dans le film Rissala portant le  kheemar  et elle n'a jamais été musulmane dans le film

Mona Wassef dans le rôle de Hind Bint Ataba dans le film Rissala portant le kheemar et elle n'a jamais été musulmane dans le film

On remarque dans le même verset " وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا لِبُعُولَتِهِنَّ ,..., أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُنَّ"  que la femme pouvait montrer sa "beauté" à son "esclave" "مِلْك اليَمين" et l'esclavage existait avant l'Islam et a existé des siècles après l'Islam. On ne va pas déduire qu'il y a dans ce verset une obligation pour les musulmans d'avoir des esclaves... Pareil pour le "kheemar".

Le dernier mot clé dans ce verset est "زِينَتَهُنَّ " "leur beauté". La femme ne doit montrer sa "beauté" que pour son mari, son père, son beau-père, ses enfants, ses frères, etc. Le mot "beauté" ici peut avoir une multitude d’interprétations et ce n'est pas moi qui le constate, ce sont tous les grands interprètes du Coran, al-Tabari, al-Saadi, Ibn Kateer, al-Qortoby, al-Baghawi et Ibn Achour. Les professeurs dans les universités islamiques utilisent leurs livres comme références depuis 12 siècles.

Dans la quasi-totalité de ces exégèses, on ne trouve le mot "cheveux" nulle part. La beauté d'une femme ne peut pas être intrinsèquement liée à ses cheveux... Certes quand elle veut, une femme peut se faire belle avec ses cheveux. Mais par défaut, on ne peut pas dire qu'ils constituent une beauté chez la femme.
On peut, néanmoins lire les mots "mains" et "visage" dans quelques exégèses. Il y a des passages concernant trois personnes qui racontent que la femme ne peut montrer que son visage et ses mains "وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا مَا ظَهَرَ مِنْهَا"... Ces trois exégètes sont  "Abd Rahmân al Awzâ'î "الأوزاعي", Sa'id bin Jubair "سعيد بن جُبير" et al Dahhak "الضحاك ". Mais ces exégètes sont-ils crédibles ? Pas vraiment. Voici ce qu'on peut lire sur al Dahhak, par exemple :

وقال على ابن المديني ، عن يحيى بن سعيد : كان شعبة لا يحدث عن الضحاك بن مزاحم ، وكان ينكر أن يكون لقى ابن  عباس قط
وقال على في موضع آخر ، عن يحيى بن سعيد : كان الضحاك عندنا ضعيفا

Sourate al-Ahzzabe

L'autre verset utilisé par les défenseurs du hijab est dans sourate [al-Ahzzabe,الاحزاب 59]:

"يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ قُل لِّأَزْوَاجِكَ وَبَنَاتِكَ وَنِسَاءِ الْمُؤْمِنِينَ يُدْنِينَ عَلَيْهِنَّ مِن جَلَابِيبِهِنَّ ۚ ذَٰلِكَ أَدْنَىٰ أَن يُعْرَفْنَ فَلَا يُؤْذَيْنَ ۗ وَكَانَ اللَّهُ  غَفُورًا رَّحِيمًا

"Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux."

Ce verset, d'après tous les interprètes du Coran cités plus haut, a été révélé pour instituer une sorte de distinction entre les femmes "libres" et les femmes "esclaves", "الإماء أو الجواري" quand elles allaient faire leurs besoins...

En effet, il n' y avait pas de toilettes dans les maisons de Médine au 7e siècle. Les gens allaient à l'extérieur de la ville dans des endroits spécifiques pour faire leurs besoins et il y avait des vilains hommes qui guettaient les femmes à ces endroits. Le verset a été révélé pour protéger les femmes "libres" de ces vilains hommes en leur demandant d'abaisser leurs "jilbab" "tissus plus grand que le kheemar et qui peut servir pour masquer momentanément le visage ou une partie du visage
Voici ce qu'on peut lire dans "taffsseer al-Waseet Tantaoui (ce qui est écrit en Français) :

روى عن غير واحد أنه كانت الحرة والأمة، تخرجان ليلا لقضاء الحاجة في الغيطان وبين النخيل، من غير تمييز بين الحرائر والإماء، وكان في المدينة فساق يتعرضون للإماء، وربما تعرضوا للحرائر، فإذا قيل لهم قالوا: حسبناهن إماء، فأمرت الحرائر أن يخالفن الإماء في الزي والتستر فلا يطمع فيهن...يقول تعالى ذكره لنبيه محمد صَلَّى الله عَلَيْهِ وَسَلَّم: يا أيها النبي قل لأزواجك وبناتك ونساء المؤمنين: لا يتشبهن بالإماء في لباسهن إذا هن خرجن من بيوتهن لحاجتهن، فكشفن شعورهن ووجوههن. ولكن ليدنين عليهن من جلابيبهنّ؛ لئلا يعرض لهن فاسق، إذا علم أنهن حرائر، بأذى من قول.

Les autres exégèses rapportent exactement la même chose. Là on peut dire qu'il y avait consensus...

Dans "exégèse d’al-Baghawi" et dans d'autres livres, on apprend que le deuxième Calife Omar Ibn Khattab donna des coups de fouets à une esclave parce qu'elle a voulu imiter les femmes "libres" :

قال أنس : مرت بعمر بن الخطاب جارية متقنعة فعلاها بالدرة ، وقال يالكاع أتتشبهين بالحرائر ، ألقي القناع

Le Hadith de Asmae

Le seul hadîth "paroles rapportées du prophète ", qui évoque explicitement le visage et les mains est dans "sounane abou Daoud","سنن أبو داوود" mais il n’est pas authentique selon les règles des Oulémas musulmans ""حديث ضعيف لا يصح الاستدلال به" :

حدثنا يعقوب بن كعب الإنطاكي ومؤمل بن الفضل الحراني قالا حدثنا الوليد ، عن سعيد بن بشير ، عن قتادة ، عن خالد بن دريك

عن عائشة ، رضي الله عنها; أن أسماء بنت أبي بكر دخلت على النبي صلى الله عليه وسلم وعليها ثياب رقاق ، فأعرض عنها وقال : يا أسماء ، إن المرأة إذا بلغت المحيض لم يصلح أن يرى منها إلا هذا " وأشار إلى وجهه وكفيه

En effet, selon Abou Daoud, le dernier rapporteur "خالد بن دريك" a vécu après la mort de "Aicha" "عائشة". Elle ne pouvait, par conséquent, pas lui adresser la parole : 

لكن قال أبو داود وأبو حاتم الرازي : هذا مرسل; خالد بن دريك لم يسمع من عائشة
هو إذن حديث مطعون في سنده

Enfin, on ne peut pas être contre le fait que les femmes portent le "hijab" quand elles le veulent. On doit être contre le fait que ce soient des hommes qui aient fait en sorte que ces femmes soient obligées de le porter.

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